Vrais et faux agriculteurs. Regards croisés sur l'identité professionnelle des agriculteurs québécois et les définitions juridiques du statut professionnel


  • Period: 2018-07-01 2020-06-30

Ownership

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Overview

L’agriculture est à la fois une branche de l’économie, un secteur professionnel et un ensemble de pratiques ayant pour objet principal la production de produits végétaux et animaux. Au Canada, comme dans le reste de l’Amérique du Nord et en Europe, les recensements agricoles retiennent des définitions de l’exploitation agricole larges et inclusives, dans le sens où toute entité produisant des produits agricoles dans l'intention de les vendre est recensée comme exploitation agricole (Statistique Canada, 2016).

Mais tous les détenteurs d’une exploitation agricole au sens statistique du terme sont-ils pour autant des agriculteurs ? Cette question est importante dans le sens où ce statut professionnel donne accès à divers droits, notamment celui de bénéficier des politiques agricoles.

Cette question fait débat, tant dans le monde scientifique qui s’interroge sur les critères utilisés dans les recensements, que dans les organisations agricoles qui ont à défendre les intérêts d’une profession et parfois gérer des programmes d’appui aux agriculteurs. Ainsi, pour divers observateurs, les recensements comptabiliseraient de nombreuses exploitations agricoles qui ne sont pas détenues par de « vrais agriculteurs ».

Au Québec, on constate une polarisation de la taille des exploitations agricoles avec un maintien relatif du nombre de petites fermes et l’accroissement du nombre de grandes fermes. Cette polarisation témoigne d’un renouvellement de la population agricole avec l’arrivée dans ce secteur de personnes inscrivant leur projet d’établissement en agriculture dans un projet de vie plus large ou d’investisseurs avec un projet économique. Mais aucune recherche ne s’est encore penchée sur la façon dont les principaux intéressés positionnent eux-mêmes leur projet dans le développement de l’agriculture. Aucune recherche ne s’est non plus intéressée à la relation entre le droit (qui définit ce qu’est un producteur agricole) et les identités professionnelles des agriculteurs québécois dans leur variété.

Mobilisant des concepts issus de la sociologie du travail et du droit, notre projet vise à : 

-     qualifier les identités professionnelles qui caractérisent les agriculteurs québécois,

-     évaluer la façon dont les agriculteurs québécois inscrivent leur projet dans le développement de leur secteur professionnel et de leur territoire,

-     vérifier l’adéquation entre les définitions juridiques du statut professionnel et les référents sociaux et professionnels des agriculteurs.

Notre projet repose sur l’hypothèse que la réalité de l’agriculture québécoise est plus complexe et diverse que la représentation qui en est faite autour d’un noyau central et légitime représenté par l’agriculture familiale professionnelle, encadré à ses deux extrémités par une agriculture de loisir non rentable et non professionnelle d’un côté et une agriculture capitaliste, financiarisée et non familiale de l’autre. 

Pour remplir nos objectifs, notre projet se décline en deux volets complémentaires : une enquête qualitative auprès d’agriculteurs dans divers contextes visera à cerner leur identité professionnelle dans toutes ses dimensions et une étude juridique examinera comment la diversité interne de l’agriculture québécoise est prise en compte par l’encadrement juridique et normatif définissant le producteur agricole et par les lois et règlements définissant les critères d’accès aux politiques agricoles.

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